Lorsqu'un membre de notre famille ou un ami proche est touché par un trouble mental — dépression, anxiété, schizophrénie, bipolarité, addiction — notre monde se transforme profondément. On se retrouve face à une situation souvent incompréhensible, douloureuse, et pour laquelle on n'a reçu aucune formation. L'entourage joue pourtant un rôle absolument déterminant dans le rétablissement de la personne malade. Des études montrent que le soutien familial et social de qualité est l'un des meilleurs prédicteurs de guérison dans les troubles psychiatriques. Mais soutenir un proche peut aussi épuiser l'aidant, générer de la culpabilité, de la colère et de l'impuissance. Cet article vous donne des clés concrètes pour aider efficacement tout en prenant soin de vous.
Comprendre la maladie : la première étape indispensable
On ne peut pas bien soutenir ce qu'on ne comprend pas. La première chose à faire est de s'informer sur le diagnostic de votre proche. Parlez au psychiatre traitant (avec l'accord du patient), lisez des sources fiables, demandez des explications sur :
- Les symptômes typiques de la maladie et leur variabilité
- Les traitements en cours et leurs effets secondaires
- Les facteurs qui peuvent aggraver ou améliorer la situation
- Ce que vous pouvez faire concrètement pour aider
- Les signes qui doivent alerter (rechute, idées suicidaires)
Cette compréhension vous permettra de dépersonnaliser les comportements difficiles de votre proche (agressivité, retrait, manque de motivation) : ce n'est pas un choix, c'est la maladie qui s'exprime.
Ce que vous pouvez faire : les attitudes aidantes
Écouter sans juger
L'écoute active est l'un des outils les plus puissants dont vous disposez. Cela signifie :
- Accorder votre temps et votre attention pleine
- Laisser votre proche s'exprimer sans l'interrompre
- Valider ses émotions : « Je comprends que tu souffres » plutôt que « Tu exagères »
- Éviter les conseils non sollicités et les comparaisons (« Pense aux gens qui souffrent plus que toi »)
- Poser des questions ouvertes : « Comment tu te sens aujourd'hui ? »
Encourager sans forcer
- Encouragez votre proche à consulter et à suivre son traitement, sans harcèlement
- Proposez de l'accompagner aux consultations s'il le souhaite
- Célébrez les petits progrès — même reprendre la douche ou manger un repas est une victoire dans certains états
- Respectez son rythme de rétablissement, même s'il vous semble lent
Maintenir le lien sans envahir
- Continuez à inviter votre proche, même s'il refuse souvent
- Respectez ses demandes de solitude sans vous offusquer
- Envoyez des messages courts et chaleureux sans exiger de réponse
- Maintenez des rituels simples : un café, une promenade, un film
💡 Ce qu'il ne faut pas dire : Évitez les phrases comme « Tu n'as qu'à faire un effort », « C'est dans ta tête », « Tu as tellement de choses à être heureux », « Les médicaments c'est pour les fous ». Ces remarques, même bien intentionnées, sont profondément blessantes et contre-productives.
Face à une situation de crise
Si votre proche exprime des idées suicidaires ou manifeste des comportements dangereux :
- Ne le laissez pas seul si vous pensez qu'il est en danger immédiat
- Posez directement la question du suicide : « Est-ce que tu penses à te faire du mal ? » — cela ne donne pas d'idées, au contraire
- Appelez le psychiatre traitant ou le SAMU (15) en cas d'urgence
- Sécurisez l'environnement (médicaments, objets dangereux) si nécessaire
- Ne promettez pas le secret si vous avez peur pour sa vie
Prendre soin de vous : une nécessité, pas un luxe
Les aidants proches sont à haut risque d'épuisement émotionnel, de dépression et d'anxiété. Prendre soin de vous n'est pas égoïste — c'est une condition pour continuer à aider votre proche sur le long terme.
- Fixez des limites claires : vous n'êtes pas thérapeute de votre proche
- Préservez vos propres activités et temps de loisir
- Cherchez un soutien psychologique si vous vous sentez dépassé
- Partagez le rôle d'aidant avec d'autres membres de la famille ou des proches
- Rejoignez un groupe de soutien pour familles de malades psychiatriques
📌 À retenir : Vous ne pouvez pas « guérir » votre proche. Votre rôle est de créer un environnement sécurisant, d'encourager le suivi médical et d'être présent avec bienveillance. La guérison vient du travail du patient avec son médecin. Ne portez pas ce poids seul.
Vous avez des questions sur la maladie de votre proche ?
Dr Nisrine Abdelhay reçoit aussi les familles pour les informer, les orienter et les soutenir dans l'accompagnement d'un proche souffrant de troubles psychiatriques.